Thänn’s Cuivië
Thänn
Le soleil pénétrait à flots par une fenêtre.
Thänn resta les yeux dans le vague quelques secondes puis sembla se rendre compte de l’endroit où il était. La cabane était petite mais tout de même assez grande pour que quelqu’un puisse y vivre. Au milieu de la pièce unique trônait une table en chêne massif, sous laquelle on avait glissé deux tabourets bancals. Dans un coin, un feu ronflait dans une cheminée noircie par la suie. Sur les murs étaient accrochés divers trophées et quelques outils de forgeron.
Le jeune homme était allongé dans un lit trop petit pour lui,
recouvert d’une épaisse couverture de laine. Lentement, il regarda autour de
lui. La cabane était vide d’autre occupant, il était seul. Il s’appuya sur un
coude et se releva légèrement. A la limite de son esprit se tapissait une
douleur sourde qui n’attendait qu’un signe pour revenir le harceler. Alors que
les événements lui revenaient en mémoire, le jeune homme regardait avec une
incrédulité croissante le décor qui l’entourait. Tout était tellement irréel. A
la recherche d’une explication rationnelle, Thänn essaya de calmer son esprit
en ébullition. Il contempla toutes les possibilités qui s’offraient à lui sans
pouvoir se décider à en choisir une. Il pouvait être entré dans une dimension
parallèle. Ou alors, il était dans le
coma depuis qu’il était tombé et il délirait, ce qui était beaucoup plus
probable. Son esprit encore fiévreux hésitait toujours entre ces deux solutions
lorsqu’un bruit de pas, indiquant que le propriétaire de la cabane revenait,
l’interrompit net dans ses réflexions. Silencieusement, il se recoucha, ferma
les yeux et calma sa respiration, voulant éviter de rencontrer quelque autre
bizarrerie qu’il ne parviendrait pas à comprendre.
Ne pouvant s’empêcher de regarder, il entrouvrit légèrement les
paupières, juste à temps pour voir la porte s’ouvrir sur l’homme de la plage.
Une voix lui rappela aussitôt que cette personne était un Nain mais son esprit
refoula cette idée avec violence, ne pouvant se résigner à y croire. Le nain,
ou quoi que ce soit d’autre, referma lentement la porte et s’approcha du lit
pour examiner Thänn. Il portait toujours son habit vert mais avait enfilé
par-dessus un tabard noir orné de trois étoiles blanches, disposées en
demi-lune.
A travers ses paupières mi-closes, Thänn le vit se pencher vers
lui et il ferma instinctivement les yeux. Il sentit une main se poser sur son
front et retint de justesse le frisson qui menaçait de parcourir son corps. C’était
une main rude et grossière, que le travail d’une vie avait creusé et parsemé de
callosités, et pourtant le geste était empreint de douceur. Thänn sentit finalement
la main se retirer et perçut le faible glissement des pas sur le plancher. Le
nain s’éloignait. S’ensuivirent des tintements de métal et le clapotement d’un
liquide qu’on verse dans un récipient. Puis un long grincement indiqua que la
porte s’ouvrait puis se refermait. Thänn attendit longtemps après que les pas
se soient éloignés puis ouvrit les yeux.
La cabane n’était emplie que des rayons du soleil. Sur la table,
des volutes de fumée s’élevaient d’un petit récipient en terre cuite et,
maintenant qu’il le voyait, Thänn se rendit compte qu’une douce odeur de
plantes planait dans l’air.
A suivre
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Thänn : 1, 2.
Mani : 1